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L’article suivant de l’écrivain palestinien Khaled Barakat, coordinateur de la campagne Free Ahmad Sa’adat, a été publié initialement dans Quds News du 28 octobre 2018.
 
Le camarade Georges Abdallah est une figure révolutionnaire rare dans les conditions de notre temps. Je dirais presque qu’il appartient à l’histoire et non à notre époque actuelle, celle de Bin Salman, Mahmoud Abbas et Sisi, l’ère de la reddition et de la normalisation, devenue un « choix national » pour les classes vaincues, les marchands du confessionnalisme et de la réaction, les rois, les sultans et les tyrans de notre époque.

Cet ennemi se situe à l’opposé du prisonnier Georges Abdallah. Ce dernier reconnaît clairement l’état grave et catastrophique du Monde arabe aujourd’hui, en particulier à l’époque coloniale impérialiste. Il nous demande de tout cœur et avec conviction : Qui défend sa libération ? Même parmi les Arabes ? Personne, le génie doit rester dans la bouteille et ne pas émerger dans le monde, ou revoir la lumière et le peuple. Si vous vous en approchez, vous risquez d’attraper la maladie révolutionnaire, la folie du rejet et l’adhésion à la rébellion et à la résistance. C’est pourquoi Condoleeza Rice, plus d’une fois, puis Hillary Clinton, ont exprimé leur objectif commun : Georges Abdallah doit être tenu à l’écart de sa ville natale, Kobayat, d’Ain el-Helweh, de Birzeit, de Tanger, d’Assouan et de tous les arabes. Il doit rester là où il est, enfermé dans la prison reculée de Lannemezan !

Les gouvernements libanais successifs ignorent depuis 35 ans Georges Abdallah. Ce silence officiel constitue une complicité active dans le processus d’arrestation et d’emprisonnement, une réalité flagrante qu’il est difficile de cacher. Si Georges Abdallah était un trafiquant d’armes et de drogues comme Samir Geagea, il pourrait devenir un dirigeant dans son pays. Mais le retour de Georges dans sa patrie effraie les princes du pétrole et de la guerre et menace tout le système confessionnel actuel qui ne nous a apporté que la mort, la ruine et le racisme.

Il a bien appris les leçons de l’histoire. Les peuples arabes colonisés par l’empire ottoman se sont retrouvés 500 ans plus tard sous le colonialisme occidental. En affrontant le mouvement sioniste, ils ont construit une juste cause appelée Palestine. La liberté, la libération et l’exercice du droit à l’autodétermination, de l’océan au golfe, commencent et finissent en Palestine.

Georges croit plus que jamais que la libération arabe ne peut se poursuivre de manière révolutionnaire que si nos courants de gauche et nos courants populaires laissent derrière eux des mécanismes et des approches «traditionnels» et réactionnaires. C’est parce que Georges appartient d’abord à la Palestine et que la Palestine n’appartient à aucune secte, religion ou race. Le peuple palestinien est à moitié occupé et l’autre moitié en exil. La Palestine est la cause des classes arabes opprimées qui ont été privées de tout, y compris de la conscience de leurs droits fondamentaux et de leur cause majeure.

Chaque fois que Georges Abdallah se présente devant la «justice» française et se voit exiger des remords, un repentir (s’il veut rentrer chez lui), Georges répond : Je suis arabe, la Palestine est ma lutte et je ne la regrette pas. Être arabe est, pour Georges, un choix d’être humain ou rien, d’être révolutionnaire, non réactionnaire. Cela ne signifie pas de formalisme, pas de confessionnalisme ou d’exclusivité étroite et maladroite.

Et dès le premier instant, dès la première arme, Georges Abdallah s’est rendu compte qu’il n’était plus seulement responsable de lui-même, que sa décision n’était pas uniquement la sienne, qu’il représentait des centaines de millions de personnes opprimées. Chaque combattant arabe emprisonné par les sionistes, les réactionnaires arabes ou les impérialistes français et autres ne fait aucune différence. La liberté, comme la Palestine, est la lutte de tous; c’est une terre qui ne peut être divisée. Il refuse les compromis et termine toutes ses lettres par une déclaration indélébile, à la manière d’un tatouage : Camarades, c’est une honte de se retirer. Ensemble, et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons.
 
Source : Samidoun – Traduction : Collectif Palestine Vaincra