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La dirigeante palestinienne de gauche et icône de la résistance, Leila Khaled, a rendu visite à Leyla Güven, une parlementaire et dirigeante politique kurde qui a maintenu une grève de la faim pendant 159 jours pour demander la fin de l’isolement du leader kurde emprisonné Abdullah Öcalan. Elle a rendu visite à Güven chez elle à Amed / Diyarbakir le lundi 15 avril.

Leyla Güven, élue représentante du HDP (Parti démocratique des Peuples) aux élections turques du 24 juin 2018, a entamé sa grève de la faim dans les prisons turques. Il y a plus de 7 000 prisonniers politiques kurdes ainsi que des milliers de prisonniers politiques turcs, parmi lesquels des militants politiques, des journalistes, des avocats et des syndicalistes. Récemment, 18 avocats turcs ont été condamnés à 160 ans de prison collectivement pour leur travail de défense des militants politiques. Ayse Duzkan, cofondatrice de BDS Turquie et militante féministe et journaliste de longue date, a continué d’exprimer sa solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens après avoir été emprisonnée pour avoir été rédactrice honoraire du journal kurde interdit.

Leyla Güven a elle-même été accusée d ‘« activités terroristes » et arrêtée le 22 janvier 2018 après s’être opposée à l’occupation militaire et à l’invasion du nord-ouest de la Syrie par la Turquie et ses attaques contre les YPG. Les procureurs ont requis une peine de 31 ans de prison pour Güven, l’accusant de « propagande à l’égard de terroristes »; des allégations similaires ont été utilisées dans d’autres affaires contre des militants politiques en Turquie, aboutissant à des peines draconiennes pour des activités politiques publiques, du journalisme ou des activités de défense légale.

La grève de la faim a débuté le 7 novembre 2018 à l’intérieur du centre de détention et Güven a continué après sa libération en janvier 2019, après qu’elle soit tombée gravement malade. Un certain nombre de prisonniers politiques kurdes dans les prisons turques ont également participé à la grève de la faim contre l’isolement d’Öcalan, tandis que des activistes kurdes internationaux ont également lancé des grèves de solidarité dans leurs propres villes. Güven a notamment demandé à ce que Öcalan soit autorisé à recevoir des visites familiales et juridiques.

La visite a eu lieu alors que des centaines de prisonniers palestiniens sont eux-mêmes en grève de la faim dans les prisons de l’occupation israélienne dans le cadre de ce qu’ils ont baptisé la Bataille de la Dignité 2. La grève intervient en réponse à l’intensification de la répression à l’intérieur des prisons. Les revendications des grévistes incluent l’accès aux visites de la famille et aux appels téléphoniques avec les membres de la famille, des soins et traitements médicaux appropriés, la fin des sanctions collectives et l’amélioration des conditions de détention des femmes et des enfants prisonniers.

La visite de Leila Khaled à Leyla Güven souligne le caractère international de ces luttes de prisonniers politiques confrontant le sionisme, l’impérialisme, le capitalisme et les régimes réactionnaires. Les prisonniers sont aux premières lignes pour lutter contre l’injustice et la répression et pour tisser des liens de lutte rappelant la solidarité entre prisonniers palestiniens et grévistes de la faim irlandais dans les années 1980.

Auparavant, Khaled avait envoyé la lettre suivante à Leyla Güven alors qu’elle poursuivait sa grève dans les prisons turques:

Ma chère amie Leyla Güven,

Dans les cachots des persécuteurs, des milliers de salutations chaleureuses.

Le donjon ne pouvait pas bloquer ta voix qui s’est adressée à nous pour mobiliser le peuple du monde entier afin de répondre à la demande de libération des prisonniers politiques, en particulier du grand révolutionnaire Abdullah Öcalan.

Dans les prisons turques et israéliennes, les révolutionnaires entament une grève de la faim pour la liberté, la justice et pour empêcher le système au pouvoir de briser la voix des personnes qui veulent la démocratie.

Au nom de moi-même et au nom des femmes palestiniennes, je dis que je vais utiliser ma voix contre toutes les attaques contre les révolutionnaires.

Ma chère amie Leyla,

Nous disons que la persécution des cachots ne continuera pas. Ta patience et ton combat vaincra la faim.

Plus la grève de la faim est difficile, plus la lutte est honorable. Les peuples et tous les amoureux de la liberté du monde répondront à vos actions.

Je t’embrasse sur le front, je tiens ta main.

Tu es un modèle pour toutes les femmes du monde. Avec l’espoir de la liberté…

Ton ami en lutte

Leila Khaled

Source : Samidoun – Traduction : collectif Palestine Vaincra