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Dans un courrier en date du 31 janvier 2020, l’actuel maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, adresse une réponse à la campagne « Stop au jumelage Toulouse Tel-Aviv ! ». Nous publions l’intégralité de son courrier et répondons à plusieurs contre-vérités et calomnies.

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La campagne « Stop au jumelage Toulouse Tel-Aviv ! » menée par le Collectif Palestine Vaincra vise notamment à alerter les Toulousain·e·s sur le fait que la ville rose est « partenaire » de la capitale de l’apartheid israélien et réclame la fin de ce jumelage. Premier concerné, Jean-Luc Moudenc, par l’intermédiaire d’une lettre, réaffirme son soutien à l’occupation israélienne en déclarant « qu’Israël et la France sont des pays amis, qui partagent des valeurs de liberté et de démocratie ». Une telle affirmation de la part d’un maire soutenu par la majorité présidentielle ne nous surprend pas mais mérite qu’on s’y attarde. De quelles « valeurs de liberté et de démocratie » parle-t-il ?

Celles qui poussent l’ancien ambassadeur français Gérard Araud1 et l’avocat israélien Michael Sfard2 à déclarer qu’Israël est un « État d’apartheid » ? C’est-à-dire un État qui pratique des inégalités politiques, économiques et sociales en fonction de l’appartenance religieuse ou ethnique, le tout entériné par la « loi Israël, État-nation du peuple juif » adoptée le 19 juillet 2018 par la Knesset. Peut-être s’agit-il des valeurs qui conduisent Israël à pratiquer massivement la torture durant ses interrogatoires et à violer plusieurs conventions de Genève comme l’a révélé un récent rapport de différentes ONG palestiniennes en janvier 2020.3 A moins que Jean-Luc Moudenc ne fasse référence aux valeurs qui poussent Israël à construire un mur de séparation en Cisjordanie et à imposer un blocus inhumain depuis plus de 10 ans sur la Bande de Gaza provoquant un désastre humanitaire.

En martelant à l’envi que l’apartheid israélien est « la seule démocratie du Moyen-Orient », Jean-Luc Moudenc et les partisan·ne·s d’Israël ne convainquent plus grand monde.

Le maire de Toulouse poursuit en affirmant que le « boycott d’Israël se renforce » et que de « telles pratiques avaient déjà été condamnées par le Gouvernement et déclarées illégales par un arrêt de la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation ».

Notons d’abord que cet arrêt a été largement critiqué et dénoncé comme liberticide notamment dans un rapport d’Amnesty International paru en 2016 sur la situation des droits humains dans le monde4. Enfin un tel rendu de justice ne rend pas illégal le boycott d’Israël. En effet, l’arrêt de la cour de cassation n’a pas force de loi même si cet acte est une grave attaque contre la liberté d’expression et la nécessaire lutte à mener contre le colonialisme et le racisme. Par ailleurs, le maire rappelle l’adoption en février 2016 par le Conseil Municipal d’un vœu qui condamne « le boycott envers Israël ». Rappelons que cette mesure liberticide a été remise en cause par le Tribunal administratif de Toulouse qui, en mai 2016, a condamné la mairie de Toulouse pour avoir tenté d’empêcher une réunion publique contre la criminalisation du BDS en présence de Mohammed Khatib, coordinateur du réseau international Samidoun en Europe5.

Le Collectif Palestine Vaincra condamne ces attaques, réaffirme son soutien aux campagnes de boycott d’Israël et appelle à les étendre et à les intensifier dans tous les domaines : économiques, sportifs, académiques, culturels etc.

On pourrait sourire d’un tel récital « d’imprécisions » de la part du maire de Toulouse dans son soutien à Israël tant il frise le ridicule, si ce dernier ne s’était pas lamentablement vautré dans des propos ignobles. Ainsi, Moudenc nous explique que « de telles actions visant à militer contre Israël, véhiculent concomitamment de sulfureux relents antisémites ». De tels propos sont gravissimes et instrumentalisent scandaleusement la nécessaire lutte contre l’antisémitisme. Nous ne voyons ici qu’une pâle copie du discours porté notamment par Emmanuel Macron, cherchant à faire taire les critiques d’Israël en y accolant des accusations d’antisémitisme.

Passons les risibles et confuses accusations de « discours gauchiste, […] anti occidental » et poursuivons. M. Moudenc affirme son « attachement à la promotion d’une solution pacifique au conflit israélo-palestinien, se manifestant par la coexistence paisible de deux états dans des frontières sûres et reconnues ». Faut-il rappeler au maire de Toulouse que le récent plan Trump et Netanyahu, dit « Accord du siècle »6, confirme qu’Israël, depuis 1947, n’a jamais envisagé une quelconque solution à deux États sinon poursuivre une politique belliciste et expansionniste amenant à la situation catastrophique que nous connaissons aujourd’hui.

M. Moudenc poursuit par un paragraphe qui en dit long sur sa conception de la situation en Palestine occupée. En invoquant la politique de « responsables chrétiens, de l’église catholique en particulier », il tente une nouvelle pirouette rhétorique douteuse en substituant une explication religieuse à la situation coloniale palestinienne. Et Moudenc de conclure : « Israël a été créée à l’image de nos démocraties européennes ». Nous n’aurions pas trouvé meilleure formule pour expliquer en quoi Israël est un avant-poste du colonialisme européen.

La laborieuse prose du maire de Toulouse s’achève en rappelant que la municipalité entend poursuivre son jumelage avec Tel-Aviv tout comme sa coopération avec Ramallah car « [elle veille] aux équilibres ». Ironique quand on voit les efforts déployés depuis plus de 50 ans avec la capitale de l’apartheid israélien tant au niveau économique, politique que culturel et quand dans le même temps, la coopération avec Ramallah date de 2010 et est quasiment au point mort. Un « équilibre » contredit par ailleurs par le précédent mandat de Jean-Luc Moudenc qui n’a eu de cesse d’apporter son appui à la droite israélienne7 et de criminaliser le soutien au peuple palestinien.

Quelques semaines après le lancement de notre campagne contre le jumelage de Toulouse avec Tel-Aviv, cette réponse de la part du maire de la ville témoigne de la dynamique autour de cette initiative. Des municipalités comme Lille ou Amsterdam ont suspendu ou annulé des jumelages avec des villes israéliennes. L’année 2020 doit être l’année d’un engagement résolument antiraciste et anticolonialiste à Toulouse en rompant avec ce partenariat honteux.

Face aux mensonges et aux contre vérités des soutiens de la politique de l’apartheid israélien, nous appelons les habitant·e·s de Toulouse à signer la pétition et à rejoindre notre campagne pour dire stop au jumelage Toulouse-Tel Aviv !

Le Collectif Palestine Vaincra
16 février 2020

 

Crédit photo : Ben Art Core