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Fin juin 2020, le gouvernorat de Damas du régime syrien a annoncé son projet de transformer les restes du camp de réfugié·e·s palestinien·ne·s de Yarmouk en un quartier urbain de tours privatisées qui seront mises en vente au plus offrant. L’exécution de ce plan entraînerait l’effacement permanent du camp, qui est considéré comme la capitale du shataat palestinien (diaspora) en raison de son importance culturelle et politique dans la résistance palestinienne, de son identité en exil et de ses aspirations au retour et à la liberté.

Le fait que l’annonce vienne du gouvernorat de Damas signale la plus importante de plusieurs étapes bureaucratiques dans l’absorption des terres de Yarmouk dans la juridiction de la ville, puisque le régime a dissous la municipalité de Yarmouk – composée des résident·e·s du camp – en 2018. S’il est mis en œuvre, le plan diviserait le camp en trois unités immobilières, transformant la partie la plus grande et la plus peuplée en ce nouveau développement et redessinant la disposition du camp, poursuivant la démolition du camp et élargissant les voies de circulation au détriment de la disposition des maisons existantes. Il ne s’agit pas d’un plan pour le retour, mais d’un plan pour l’effacement du camp de Yarmouk.

L’importance du camp de Yarmouk pour la diaspora palestinienne ne peut être sous-estimée. Le camp de Yarmouk a été créé dans les années 1950 pour accueillir des milliers de Palestinien·ne·s déplacé·e·s à la suite de la Nakba de 1948. Situé au sud de Damas sur 2,1 kilomètres carrés, le camp est devenu la résidence d’environ 200 000 réfugié·e·s palestinien·ne·s, dont la plupart venaient de villes et de villages de Galilée, en Palestine. Chacune des rues du camp porte le nom de ces villes et villages, rappelant ainsi non seulement la détresse des réfugié·e·s palestinien·ne·s, mais aussi le chemin du retour. Le camp abrite deux cimetières où de nombreux dirigeant·e·s et résistant·e·s martyrs ont été enterré·e·s. Le camp a également abrité un ensemble pluraliste d’institutions culturelles et politiques palestiniennes, servant de siège à diverses factions palestiniennes et dont les résidents ont joué un rôle central dans la révolution palestinienne dans toutes ses phases.

Depuis le début des soulèvements en Syrie – et le siège et la décimation du camp qui ont suivi tout au long de la guerre – Yarmouk a été pratiquement vidé de ses résident·e·s. Actuellement, seules quelques dizaines de familles sont restées dans le camp. La majorité des résident·e·s de Yarmouk ont subi une autre Nakba, une dispersion qui les a envoyés dans divers sites de refuge temporaire ou secondaire. Des dizaines d’autres Palestinien·ne·s syrien·ne·s de différents endroits en Syrie ont subi des destins similaires. En plus de cette annonce pour Yarmouk, il est devenu évident que deux autres camps de réfugié·e·s palestinien·ne·s en Syrie seront touchés de la même manière : le camp de Dara’a à Dara’a et le camp de Handarat dans le nord d’Alep.

Les familles palestiniennes qui vivaient à Yarmouk jusqu’au soulèvement et la guerre qui a suivi ont attendu la promesse de retourner dans leurs maisons et quartiers du camp jusqu’à ce que leur retour définitif en Palestine soit concrétisé. Leur retour au camp était une promesse implicite de diverses sources officielles depuis que le camp a été vidé de tous les groupes armés en 2018. Ainsi, l’annonce récente a des implications dévastatrices pour les réfugié·e·s palestinien·ne·s qui ont fait de Yarmouk un foyer de longue date alors qu’ils vivaient en exil.

La destruction du camp revêt une importance particulière en raison du rôle qu’il joue dans la construction de communautés de réfugiés et d’exilés, de la solidité, de la résilience et de la résistance. Les camps de réfugié·e·s sont un site important pour les infrastructures sociales et politiques intergénérationnelles, la lutte et la prise de conscience. L’effacement du camp accompagne l’effacement d’un foyer temporaire de plus de sept décennies – un foyer qui n’est pas seulement un espace physique, mais un rappel permanent de la nécessité de retourner en Palestine, de la nécessité de parvenir à la libération. Si le foyer est un concept que beaucoup considèrent comme allant de soi, sa signification et son importance dans ce contexte sont inestimables. Avec chaque génération retirée de son camp, il est possible que chaque génération s’éloigne encore plus de sa lutte de réfugié.

Les Palestinien·ne·s ne sont pas et n’ont jamais été exempté·e·s, exclu·e·s ou neutres par rapport aux conditions sociales et politiques des pays dans lesquels ils résident en tant que réfugié·e·s, précisément parce que, en tant que sujets apatrides, ils ont été forcé·e·s de supporter les conséquences matérielles des luttes pour le pouvoir de l’État de première main. Yarmouk n’est que le plus récent des nombreux camps qui ont été anéantis au fil des décennies, et ce n’est pas le seul dans lequel le régime syrien a joué un rôle, symbolisant la façon dont les maisons palestiniennes, même si elles sont censées être temporaires et éphémères, continuent à être détruites au-delà des frontières de l’État-nation et à travers les générations.

En tant que Mouvement de la jeunesse palestinienne (PYM), nous rejetons ce plan et affirmons notre conviction que le camp de Yarmouk doit rester un centre culturel et politique de la vie et du foyer palestiniens pendant l’exil. Nous maintenons : nos camps, nos maisons et notre droit au retour ne sont pas à vendre.

Nous devons lutter contre cette décision, relever le camp et assurer un chemin de retour aux côtés de nos frères et sœurs qui subissent de multiples formes de déplacement et le fait d’être réfugié·e·s. Nous appelons l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), en tant que représentants officiels du peuple palestinien, et les factions palestiniennes à rompre leur silence assourdissant et à faire pression sur le régime syrien pour qu’il revienne sur sa décision et protège le caractère du camp. Nous demandons à l’UNRWA et à tous ceux qui sont responsables de la subsistance et du sort du peuple palestinien, y compris les dirigeant·e·s palestinien·ne·s, de protéger le camp et ses familles à tout prix et de faciliter le rapatriement des Palestinien·ne·s, leur passage en toute sécurité et leur retour dans leurs camps alors que nous continuons à lutter pour garantir le droit des réfugié·e·s palestinien·ne·s à rentrer chez eux en Palestine.

Nous exprimons notre camaraderie inébranlable avec nos homologues palestino-syriens, qui ont été traités comme des éléments sacrifiés dans les luttes politiques et qui en sont venus à porter le poids de l’histoire sur leurs épaules.

Comme le reflète la disposition actuelle du camp, et comme le disent toujours les familles de Yarmouk, « le camp commence par la rue Fedayeen et se termine par le cimetière de Shuhada (Martyrs) », tout comme notre lutte.

Jusqu’au retour et la libération !

Palestinian Youth Movement – Mouvement de la jeunesse palestinienne

 

Source : PYM – Traduction : Collectif Palestine Vaincra