Partager :

L’Intifada d’octobre 2000, ou « soulèvement », a été un moment déterminant dans l’histoire de notre peuple palestinien, en particulier pour les Arabes palestiniens à l’intérieur d’Israël. Ce fut un choc violent, qui a transformé les idées et les illusions de beaucoup.

Dans ce soulèvement, la réalité de la haine de l’État israélien envers les masses arabes palestiniennes était apparente. C’était comme s’ils attendaient l’occasion de bondir et de verser le sang de jeunes hommes dans la fleur de l’âge, sans aucun regret ni conscience. Ils l’ont fait avec beaucoup d’enthousiasme, alors que des criminels au sommet de la pyramide politique justifiaient ces meurtres, en défendant les meurtriers – et pourquoi pas ? Ce sont eux qui prennent les décisions.

Cependant, ce n’est pas l’aspect le plus important du soulèvement de 2000. L’aspect le plus important est la prise de conscience par la jeune génération émergente de sa propre situation et de la responsabilité qui lui est confiée. Ils ont pris conscience du fait qu’ils sont des citoyens de seconde zone et qu’à tout moment, n’importe quel fonctionnaire peut prendre une décision politique qui ferait d’eux un ennemi et les rendrait vulnérables à la mort. Certains hôpitaux ont même enregistré les blessés qui sont arrivés comme « forces ennemies », comme si les ambulances les avaient transportés depuis les tranchées et les champs de bataille. La jeune génération a appris en quelques heures comment ils étaient perçus par l’État. Personne se rendait bien compte.

La deuxième découverte fut la capacité des événements à se transformer dynamiquement en de fortes « explosions » d’élan populaire, grâce à la rapidité de réaction et à la découverte de la capacité des masses à réagir et à affronter sans hésitation. Ceci réfute les affirmations sur l’immaturité des masses, leur sommeil et leur manque de préparation. Elles ont prouvé leur volonté d’agir avec beaucoup plus de force qu’il n’y paraît en apparence. Ils n’ont pas attendu les décisions des dirigeants pour s’affronter, mais sont plutôt sortis de leur propre chef pour répondre à la provocation d’Ariel Sharon de leurs sentiments en prenant d’assaut la mosquée Al-Aqsa. Ils ont ensuite réagi avec encore plus de dynamisme, se révoltant pour défendre leur dignité et leur humanité lorsque la scène du jeune garçon, Muhammad Al-Durrah, qui a tenté de se cacher derrière le dos de son père, est apparue.

En quelques heures, les jeunes hommes ont contesté les affirmations répandues selon lesquelles ils étaient une génération indifférente, insouciante, dépendante et inutile, et ont participé au soulèvement – et l’image s’est rapidement inversée. Cela a prouvé que cette génération n’était ni indifférente ni inconsciente, ni une génération « perdue ». La génération en question a prouvé qu’elle est bien consciente de ce qui se passe autour d’elle et que le sentiment de patriotisme est profondément ancré en elle. Lorsque l’occasion s’est présentée, ils n’ont pas hésité à accomplir leur devoir. Ils sont descendus dans la rue par milliers. Ils ont monté la garde à l’entrée de leurs villages et de leurs villes pour résister aux forces de répression, ne se laissant pas décourager par l’escalade de la violence et le nombre de victimes qui ont commencé à tomber, y compris des martyrs, des blessés et des détenus.

Ces jeunes hommes ont annoncé avec leur sang et leur vigueur que le peuple palestinien est un et que les régions et les divisions géographiques n’ont pas réussi à le fragmenter. Tout ce qui nuit à ceux de Rafah, nuit à ceux de Naplouse, de Bethléem, de Galilée, du Néguev, du Triangle, de la côte et des camps en Syrie, au Liban, en Jordanie, dans la diaspora et partout ailleurs.

La jeunesse du soulèvement d’octobre a enflammé tout le monde arabe à l’époque. Les Arabes ne sont pas morts, mais ils sont plutôt une nation vivante, et ce qui manque, ce sont des dirigeants audacieux qui prennent des décisions. À cette époque, des marches et des activités de solidarité ont été lancées sans exception d’aucun pays, tandis que des programmes de soutien moral ont été lancés sur les chaînes satellites. La chanson, le « rêve arabe », a commencé à se répandre. Elle est sortie en 1998 avec 21 artistes arabes, mais ne s’est pas répandue avant le soulèvement d’octobre. Une autre chanson qui est devenue populaire à cette époque est « Jerusalem will return to us », inspirée par la scène de Muhammad Al-Durrah et de son père. La chanson s’ouvre avec les paroles : « Il tenait ses crayons, sur le chemin de l’école, et il rêvait de son cheval, de son jouet et de son avion. Lorsque la trahison l’a frappé et a tué son innocence, son sang pur a coulé sur son carnet ».

Soudain, la nation est passée d’un état de mort à un mouvement de vie nationale, de l’océan au Golfe, pour annoncer que le peuple arabe n’a pas encore dit son dernier mot.

Le soulèvement d’octobre a été un choc profond dans la conscience palestinienne, qui a résonné dans le monde arabe, et même au niveau international. C’était un indicateur et un signe de route pour l’avenir, que les gens ne resteront pas silencieux face à l’injustice. Il a incité tout le monde à reconsidérer ses considérations à l’égard des Palestiniens, des Arabes et des dirigeants israéliens. La question des Palestiniens arabes à l’intérieur d’Israël, de leur destin, de leurs droits et de ce qu’ils représentent a été au premier plan, surtout après que le soulèvement a eu son mot à dire. Le peuple palestinien restera uni dans sa souffrance, tandis que le rêve arabe se poursuivra de génération en génération, jusqu’à ce qu’il se réalise.

 

Article de Suhail Kewan, publié initialement le 29 septembre 2020 sur le site Arab48

 

Source : Middle East Monitor – Traduction : Collectif Palestine Vaincra