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Nous retranscrivons ci-dessous l’intervention du Collectif Palestine Vaincra faite durant le webinaire « Défendre la Palestine, combattre la répression ». Organisé le vendredi 9 avril par le réseau international Samidoun, celui-ci regroupait des intervenant·e·s du Canada, de France, d’Italie, d’Espagne et d’Allemagne et était animé par la coordinatrice de Samidoun en Palestine occupée.

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J’interviens au nom du Collectif Palestine Vaincra, à Toulouse (en France), membre du réseau international de soutien aux prisonniers palestiniens Samidoun. Depuis sa création en mars 2019, le collectif est la cible d’intimidations, de menaces et d’attaques de la part d’organisations sionistes, défenseures de l’apartheid israélien. Ces tentatives de faire taire le soutien au peuple palestinien et à sa résistance ne sont pas nouvelles et s’inscrivent dans une histoire politique ancienne portée essentiellement par l’État français, soutien inconditionnel de la colonisation sioniste de la Palestine.

Il est avant tout intéressant de comprendre dans quel contexte la répression du mouvement de solidarité avec la Palestine s’inscrit en France pour ensuite aborder le plus spécifiquement le cas du Collectif Palestine Vaincra à Toulouse.

 

En effet, depuis plus de 200 ans, forte de son étiquette de « pays des droits de l’homme » et de sa devise « liberté – égalité – fraternité », la France utilise son prétendu universalisme républicain pour étendre sa domination dans le monde. C’est sur ces bases qu’elle a construit son empire colonial dans le passé et qu’elle est devenue une des principales puissances impérialistes dans le monde. C’est donc tout naturellement, que la France a toujours soutenu l’occupation israélienne en Palestine, étant donné les enjeux et intérêts stratégiques que représente cette région du monde pour les impérialistes.

 

En guise de bref rappel historique, en 1916 la France s’accapare la moitié de la région qu’elle partage avec les Britanniques via les accords Sykes-Picots ; en 1947, la France vote le plan de partage à l’ONU, légitimant ainsi la Nakba de 1948, le nettoyage ethnique du peuple palestinien entamé dès 1947. Dans les années 1960, c’est la France qui fournit le nucléaire à l’État sioniste. Aujourd’hui, elle développe des accords commerciaux importants tout en faisant la promotion des « processus de paix », de « la solution à deux États » et autres outils servant en définitif à protéger les intérêts et l’existence de l’Etat sioniste.

 

Cette position se traduit par une véritable politique de criminalisation du mouvement de solidarité avec la Palestine. Evidemment le plus symbolique est le sort réservé à Georges Abdallah, communiste libanais, combattant de la résistance palestinienne, qui est emprisonné en France depuis 1984. Devenu le plus ancien prisonnier politique d’Europe, Georges Abdallah est maintenu en prison parce qu’il est devenu un symbole de la résistance palestinienne et une menace pour les intérêts stratégiques de l’impérialisme français au Liban et plus largement, dans la région, comme le souligne un rapport des services de renseignements français en 1999. Georges Abdallah a eu 70 ans il y a quelques jours. Il en a passé plus de 36 derrière les barreaux alors qu’il est libérable depuis 1999.

 

Un autre pilier de cette politique de criminalisation est évidemment la politique de répression des différents gouvernement français sur le boycott d’Israël et notamment la campagne BDS (Boycott, désinvestissement, Sanctions). Depuis son développement au milieu des années 2000, les différents gouvernements français (de droite comme de gauche) n’ont eu de cesse de criminaliser cette campagne antiraciste et anticolonialiste. Différentes circulaires (comme celles des ministres de la justice Alliot-Marie ou Dupont-Moretti) ont incité les poursuites contre les militants qui appelaient au boycott des produits israéliens. Pour autant, aucune loi en France n’interdit actuellement le boycott d’Israël mais le lobby pro-israélien pratique une guérilla juridique basé sur de la propagande mensongère afin de combattre cette campagne. Des militants de la Campagne BDS sont régulièrement poursuivis : à Bordeaux, à Montpellier, à Toulouse, en Région Parisienne, etc. Récemment, la présidente d’EuroPalestine Olivia Zémor est passée en procès à Lyon pour avoir soutenu des appels au boycott de Teva, la firme israélienne pharmaceutique. Le délibéré du procès aura lieu mi-mai.

En juin 2020, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a condamné l’Etat français pour « entrave à la liberté d’expression » après la condamnation par la justice, de militants appelant au boycott des produits israéliens. Cela démontre que cette politique de criminalisation est loin de faire consensus, y compris auprès des plus hautes instances européennes. Mais indépendamment du caractère légal ou non, nous affirmons que le boycott d’Israël est légitime et qu’il doit être soutenu !

 

Un autre outil important de la politique française de soutien à l’occupation israélienne est la stratégie d’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme. Dès le début de son mandat en 2017, le président Emmanuel Macron a affirmé « l’antisionisme est le nouvel antisémitisme ». Il réitère régulièrement cette imposture intellectuelle notamment en 2019 devant le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), organisation sioniste la plus importante en France ou encore lors d’une visite à Jérusalem aux côtés de Netanyahu en janvier 2020). Ces prises de positions font partie d’une stratégie plus globale des partisans de l’occupation sioniste dont l’objectif est de combattre le mouvement croissant de délégitimation de l’Etat sioniste. Un exemple central de cette stratégie est la définition de l’antisémitisme proposée par l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance), définition encadrée par des exemples criminalisant le soutien au peuple palestinien. Cette définition a été adoptée à l’Assemblée Nationale mais également par les villes de Nice et Paris. Preuve que cette définition n’emporte pas le consensus, le vote au parlement français a eu lieu avec difficulté, y compris au sein de la majorité présidentielle et mieux encore, la ville de Strasbourg a rejeté l’adoption de cette définition reconnaissant qu’elle était une tentative d’instrumentalisation dangereuse. Bien que cette définition n’ait pas de cadre légal contraignant, elle est un outil de plus aux mains des soutiens d’Israël. Cependant, aujourd’hui en France, aucune loi n’interdit l’antisionisme.

 

C’est donc dans ce contexte général que se déroulent les activités du Collectif Palestine Vaincra. Créé en mars 2019, fruit d’un travail de soutien à la Palestine et Georges Abdallah d’une dizaine d’années,  Le Collectif Palestine Vaincra s’attache d’abord à un travail de terrain sur la ville avec diverses  actions et initiatives de soutien au peuple palestinien. Cette présence s’accompagne également d’un travail d’explication et de promotion des positions historiques de la résistance palestinienne : la défense d’une Palestine libre de la mer au Jourdain, la libération de tous les prisonnier·e·s palestinien·ne· s, le droit au retour de tous les réfugié·e·s palestinien·ne·s, le droit au boycott total de l’Etat sioniste, la défense de la légitimité de la résistance (y compris armée) face au colonialisme, etc.

 

Depuis la création du collectif il y a 2 ans, nous sommes la cible d’attaques régulières de la part des défenseurs de la colonisation israélienne, son Etat raciste, colonial et d’apartheid. Ces attaques ont pris différentes formes : insultes, menaces, intimidations, dépôts de plaintes, appels à dissolution, etc. Depuis la désignation du réseau Samidoun comme organisation « terroriste » par les criminels de guerre israéliens, les attaques redoublent d’intensité dans plusieurs pays dont la France. Plusieurs appels à dissolution ont été lancé contre le collectif. L’officine israélienne d’extrême droite NGO Monitor mène une campagne auprès des autorités françaises dans ce sens, en utilisant un argumentaire profondément mensonger. Cette demande a été relayée mot pour mot par un parlementaire de la majorité présidentielle qui a fait une demande officielle au ministère de l’intérieur afin de dissoudre le collectif.

 

Nous prenons ces attaques très au sérieux et restons vigilants mais nous considérons surtout que cette répression ciblée est le résultat logique du travail effectué par le collectif et que ce travail politique rencontre un certain écho. Ces attaques, loin de nous intimider, renforcent notre détermination et notre envie de poursuivre notre travail.

 

Pour finir, nous assistons à une évolution positive du rapport de force face à la multiplication et à l’intensification de ces attaques. Un large mouvement de solidarité s’est exprimé. Ainsi des sections de la Campagne BDS France, de l’AFPS (Association France Palestine Solidarité), des organisations comme l’Union Juive Française pour la Paix, Europalestine, mais également le Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens qui regroupe les principales organisations de gauche (PCF, PG, EELV, NPA), les syndicats (UNEF, CGT, Solidaires, FSU), les associations (Attac, ATMF, FTCR, Mouvement de la Paix), ont apporté leur soutien au collectif. C’est quelque chose d’extrêmement importante à souligner car derrière ces attaques, c’est l’ensemble du mouvement de solidarité avec la Palestine qui est attaqué. Il est donc plus que jamais nécessaire, au-delà des désaccords tactiques ou stratégiques, de rejeter et combattre ces attaques qui concernent tous les militants anticolonialistes et antiracistes. D’autant plus que ces attaques s’inscrivent dans une dynamique profondément réactionnaire largement impulsée par le pouvoir en place en France autour de l’intensification de politiques racistes, en particulier islamophobes, des dissolutions ou menaces de dissolutions contre des organisations antiracistes, des associations musulmanes ou des syndicats étudiants.

 

Nous pensons que la meilleure réponse face à cette répression est de poursuivre notre solidarité avec la résistance palestinienne et de construire les liens nécessaires entre les différentes organisations, en France et dans le monde. Ce webinaire en est un exemple.

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Le webinaire dans son intégralité en anglais :