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Le 27 août 2021 marque le 20e anniversaire de l’assassinat de l’un des plus éminents dirigeants du mouvement de libération nationale palestinien par les forces militaires israéliennes. Outre le souvenir de sa vie de lutte contre l’oppression, cette journée doit également rappeler l’anarchie flagrante d’Israël dans sa campagne mondiale d’assassinats.

 

Tué au cours de la première année de la deuxième Intifada

Le 27 août 2001, l’armée israélienne a assassiné Abu Ali Mustafa, le chef du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Le FPLP est un parti socialiste laïque qui a toujours été la deuxième faction de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) après le Fatah, qui a longtemps dominé l’OLP et l’Autorité palestinienne. Contrairement au Fatah, le FPLP a, tout au long de son existence, refusé de reconnaître Israël, s’est opposé au processus d’Oslo et a encouragé la solution d’un seul État au conflit (bien que cette dernière position soit sans doute plus nuancée qu’on ne le croit généralement).

L’attaque a eu lieu un peu moins d’un an après le début de la deuxième Intifada, un soulèvement de masse des Palestiniens contre l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Des hélicoptères militaires israéliens de fabrication américaine ont lancé des missiles sur son bureau à Ramallah, la capitale palestinienne de facto en Cisjordanie. Selon la BBC, Israël a justifié l’attaque en affirmant que Mustafa avait « créé une infrastructure de partisans du FPLP parmi les résidents palestiniens de Jérusalem-Est ». Cet assassinat a néanmoins été largement condamné dans le monde entier. Un article paru dans l’Irish Times peu de temps après l’assassinat de Mustafa faisait la remarque suivante :

Il est peu probable qu’Abu Ali soit responsable de la série d’attentats à la bombe et de fusillades dont il est accusé par Israël.

 

Une figure majeure de la lutte de libération palestinienne

Mustafa est né en 1938 dans la ville d’Arabeh, près de Jénine, en Cisjordanie. En 1955, il a rejoint le Mouvement national arabe (MNA) et, avec d’autres dirigeants du MNA, a formé le FPLP en 1967. Cette année-là, il a quitté la Palestine pendant la guerre des Six Jours et a ensuite vécu en exil dans les pays arabes voisins pendant plus de trente ans avant de revenir en Cisjordanie en 1999. Mustafa est devenu le secrétaire général du FPLP en avril 2000, après le départ de George Habache, le leader et cofondateur de longue date de l’organisation.

Comme Habache, Mustafa s’est distingué par son militantisme et sa défense passionnée du recours à la lutte armée contre l’occupation sioniste. Il a dit un jour :

Le peuple palestinien … a le droit de lutter en utilisant tous les moyens, y compris la lutte armée, car nous pensons que le conflit est une constante, tandis que les moyens et les tactiques sont des variables.

 

Un modus operandi établi de longue date

L’assassinat de Mustafa est loin d’être la première fois qu’Israël a tué un dirigeant palestinien non armé dans une attaque militaire surprise. En fait, c’est devenu une sorte de modus operandi pour l’armée israélienne et son service de renseignement secret, le Mossad. Ce dernier a assassiné un autre dirigeant du FPLP, Ghassan Kanafani, dans un attentat à la voiture piégée en 1972. Kanafani a été tué dans l’explosion avec sa nièce de 17 ans, ce qui met en évidence le mépris souvent flagrant d’Israël pour le meurtre de civils en tant que dommages collatéraux.

Parmi les autres tactiques sournoises employées par le Mossad, citons les colis piégés, l’abattage de cibles non armées devant leurs enfants et, à une occasion, l’explosion d’une bombe cachée dans un téléphone. Ensemble, le Mossad et l’armée israélienne ont commis des dizaines d’assassinats à travers le monde, dont la liste peut être consultée ici.

Et Israël n’a pas seulement ciblé des dirigeants palestiniens lors d’attaques surprises, mais aussi des ressortissants d’États tiers pour des motifs parfois ridiculement fallacieux. En 1981, par exemple, des agents du Mossad ont assassiné le lieutenant-colonel de l’armée de l’air brésilienne José Alberto Albano de Amarante, prétendument pour « empêcher le Brésil de devenir une nation nucléaire ».

En 1990, l’ingénieur canadien Gerald Bull a été retrouvé mort par balles dans son appartement lors d’une attaque dont les experts du renseignement pensent généralement qu’elle a été commise par le Mossad. Bull aurait aidé l’Irak de Saddam Hussein à construire un « super canon ».

En ce jour anniversaire de l’assassinat de Mustafa, nous ne devons pas seulement nous souvenir de sa formidable contribution à la lutte de libération nationale palestinienne. Nous devrions également réfléchir à la campagne internationale plus large d’assassinat d’opposants politiques, réels ou supposés, menée par l’un des États voyous les plus impitoyables du monde.

 

Article de Peter Bolton, journaliste. Publié le 27 août 2021

 

Source : The Canary – Traduction : Collectif Palestine Vaincra