Sion Assidon est un citoyen marocain, militant et défenseur de la cause palestinienne. Suite à une interview accordée au Collectif Palestine Vaincra, il a été vivement attaqué par des officines de l’extrême droite sioniste en particulier le BNVCA (Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme). Nous publions ci-dessous sa réponse à ces calomnies.

Tribune Juive publie un article qui attaque l’interview que j’ai accordée au Collectif Palestine Vaincra. 
Je voudrais ici simplement persister et signer en apportant certaines précisions quant à quelques sujets graves.
Tribune juive me cite : “La normalisation a été inaugurée en 1961 par la vente des communautés marocaines juives (50$/ tête disent certaines sources) transformant brutalement des citoyens marocains du jour au lendemain en colons de la Palestine, main d’œuvre bon marché, chair à canon. Et donc en criminels de guerre et criminels contre l’humanité”.
L’information selon laquelle le prix payé a été 50$ par tête est donnée par Agnès Bensimon aux pages 164-165 de son livre « Hassan II et les juifs [sous-titre :] Histoire d’une émigration secrète », paru au Seuil en 1991 dans la collection ‘L’histoire immédiate’. Le fait que la transaction ait été passée à titre onéreux est rapporté par d’autres sources avec d’autres chiffres. J’ai choisi de citer le chiffre de la source qui m’a semblé la plus sérieuse.
Quant aux accusations de « criminels de guerre » et de « criminels contre l’humanité », ce ne sont pas des insultes mais des qualificatifs juridiques qui découlent de la commission de certains actes contraires au droit humanitaire international.
Lorsque Human Rights Watch, après Amnesty International, dénonce un système d’apartheid entre la Méditerranée et le Jourdain, il est question de ce que le traité de Rome (qui régit la Cour Pénale Internationale) qualifie de crime contre l’humanité.
Historiquement parlant, il y a longtemps que les Palestiniens ont écrit l’histoire de la Nakba.
Et voilà que leurs récits sont parfaitement corroborés par les travaux d’un certain nombre d’historiens enseignant dans les universités de l’occupation : Benny Morris, Avi Schlaim et Ilan Pappé (ce dernier a finalement été renvoyé de l’Université de Tel-Aviv). Dans leurs travaux, l’opération Dalet (organisée par l’Etat major sioniste sous la direction personnelle de David Ben Gourion entre 1947 et 1949) a pu être reconstituée et documentée au moment où l’accès à certaines archives a été ouvert.
Cette opération Daleth avait pour objectif assumé de chasser les Palestiniens de leurs terres et de leurs maisons. Elle a consisté en l’organisation de massacres ayant pour but de terroriser les habitants civils palestiniens. Ce ne sont pas moins de 700000 personnes qui ont pris la fuite – avec l’espoir de rentrer chez eux après la fin des hostilités de la guerre opposant l’armée d’occupation aux armées Arabes. Elles ont été empêchées de revenir, créant ainsi une population de réfugiés. Et ce en violation de la résolution 194 de l’ONU de décembre 1948 établissant leur droit au retour et à la récupération de leurs terres, de leurs maisons et de leurs biens.
Ainsi pour ce qui est de la Nakba, elle résulte, selon ces travaux, d’opérations qui n’ont pas d’autre qualification en droit humanitaire international que celle d’épuration ethnique (qui est aussi un crime contre l’humanité).
Par ailleurs, le fait d’installer des populations allogènes sur un territoire conquis par la force est un crime de guerre aux yeux des Conventions de Genève qui régissent le droit en temps de guerre. C’est ce qui n’a cessé d’être pratiqué depuis 1948 et continûment après 1967. Or l’État d’occupation a édicté une loi fondamentale en 2018 qui fait de ce crime (l’édification sans trêve de nouvelles colonies) un devoir national pour le gouvernement.
Ce qui se passe aujourd’hui à Jérusalem-Al Qods, dans le cadre de la « judaïsation de Jérusalem », relève tout autant de l’épuration ethnique, un crime contre l’humanité.
Et au niveau du quotidien,
ouvrez seulement un journal de l’occupation comme le Haaretz du 5 août (en anglais). Un article annonce les meurtres de 4 civils palestiniens par les forces armées sans aucune justification, en l’espace d’une semaine. Cela aussi s’appelle des crimes de guerre aux yeux de la IVème Convention de Genève… Il y aurait énormément à dire du quotidien des Palestiniens, qu’il s’agisse de ceux de 48 ou de ceux de 67…
Je ne veux pas faire de cette brève réponse un catalogue pour parler, par exemple, de ce qui se passe à Gaza, Sheikh Jarrah, Silwan pour ne citer que l’actualité.
Ce qui me semble important de devoir marquer en réponse aux accusations infamantes de racisme (émanant de gens qui soutiennent l’apartheid !…) : essayez de chercher les causes de la montée de la judéophobie (en France entre autres) ailleurs que dans des articles qui rapportent des faits, et qui les qualifient du point de vue du droit.
Et en particulier, posez-vous la question : quel risque d’être la conséquence du fait que les crimes commis par les occupants de la Palestine sont commis au nom des personnes de religion juive du monde entier….
Car c’est bien ce que clame la loi fondamentale de 2018 (déjà citée) qui parle de l’Etat d’occupation comme « l’Etat du peuple juif ».
Fort heureusement, à travers le monde, il existe non seulement des individus se réclamant du judaïsme, mais des associations juives (en France, en Europe, aux États-Unis…) qui crient haut et fort au sujet des abominations qui sont commises par l’occupant de la Palestine : « Pas en notre nom ! ».
Tout comme il existe des rabbins (et des écoles rabbiniques) en Palestine et à travers le monde qui dénient à l’État d’occupation de la Palestine de parler au nom du judaïsme.
Ainsi, pour ce qui est d’alimenter la judéophobie, l’occupation et ses crimes portent une lourde responsabilité.
Oui, la judéophobie et le sionisme se complètent parfaitement : le sionisme (historiquement et à ce jour) nourrit et se nourrit de la judéophobie.