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Après 18 ans d’emprisonnement par le régime sioniste, le prisonnier politique socialiste Asim Ka’abi a été libéré le 7 mai 2021, accueilli en héros dans le camp de réfugiés de Balata, en Cisjordanie occupée. Asim est issu d’une famille de réfugiés de Yafa, et a soutenu le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) dès son plus jeune âge. Enfermé pour sa participation, en tant que jeune, à la deuxième intifada palestinienne en avril 2003, Asim a perdu son père et sa mère en prison et a fait face au poids de l’emprisonnement colonial en s’engageant dans la résistance organisée, l’éducation politique et la culture. Il s’est entretenu avec Fight Racism! Fight Imperialism! à propos de ses expériences.

 

FRFI : Pouvez-vous résumer votre période d’emprisonnement ?

 

Asim Ka’abi : Mon expérience n’est pas unique : tous les Palestiniens emprisonnés pendant de longues périodes sont déplacés de prison en prison. Je suis passé par toutes les prisons de l’occupation sioniste, sauf Ofer. Dans certaines prisons, j’ai été détenu plusieurs fois. Cela fait partie du processus de torture. Ils déplacent les prisonniers précisément pour les empêcher d’acquérir une quelconque stabilité. Il n’y a aucun prisonnier politique palestinien qui passe un certain temps en prison et reste au même endroit.

 

La prison de Gilboa a une réputation particulièrement mauvaise et il n’est pas étonnant que les Palestiniens se battent pour s’échapper. Avez-vous trouvé certaines prisons israéliennes plus dures que d’autres ?

 

Bien sûr, certaines prisons sont plus difficiles. Parmi les plus dures, il y avait Hadarim, où j’ai passé quatre ans. Ils mettent deux à trois détenus par chambre et vous gardent isolé des autres prisonniers, parfois seul. C’est un système de punition pour ceux qu’ils veulent cibler, avec très peu de contacts avec d’autres êtres humains. Vous n’avez pas l’occasion de rencontrer de nouveaux prisonniers et d’apprendre de leurs nouvelles et il faut attendre une période prolongée avant de rencontrer quelqu’un d’autre. Nous sommes donc emprisonnés dans notre propre pays, puis séparés à l’intérieur. La pièce était minuscule, et à trois dans une cellule, cela devient vraiment difficile.

 

Pouvez-vous décrire comment les prisonniers s’organisent politiquement à l’intérieur ?

 

Dans toutes les prisons du système, nous vivons ensemble sous la direction de nos propres organisations. Il n’y a pas un seul prisonnier qui n’adhère pas à un parti ou à un groupe, que ce soit le FPLP, le Fatah ou le Hamas ; l’important est d’être organisé. Chaque faction produit ses propres affiches autour de la prison, pour guider l’organisation, les demandes et les règles des prisonniers à l’intérieur.

Dans chaque cellule de huit à dix prisonniers, nous élisons un chef – quelle que soit notre propre organisation, nous savons que nous devons travailler ensemble. Chaque prisonnier a une personnalité différente, vient d’un environnement, d’une façon de penser, d’un niveau d’éducation différents. Imaginez, par exemple, que vous essayez de décider quelle chaîne de télévision regarder. Nous administrons donc pour chaque question, petite ou grande, à l’intérieur ou à l’extérieur de la cellule. Toute la prison est organisée selon un seul système, auquel nous nous engageons, et qui est basé sur une démocratie essentielle pour veiller aux intérêts de chacun d’entre nous. Si nous sommes tous engagés dans notre organisation, cela permet de lutter contre les problèmes ou les conflits entre les détenus. C’est un système pour tous.

Toutes les organisations du système ont des représentants au sein d’un comité national. Les dirigeants des quatre ou cinq principales organisations restent en contact et se réunissent pour prendre des décisions sur la résistance. Si nous décidons de faire campagne en organisant une grève de la faim, par exemple, il est de notre devoir de nous impliquer et de suivre les décisions que nous prenons démocratiquement ensemble. Les prisonniers s’engagent à suivre les positions du comité national.

Lorsque nous passons par les prisons sionistes, les prisonniers y font référence comme à un passage à l’école de la révolution. Beaucoup d’entre nous entrent en prison sans éducation ni compréhension culturelle, mais notre façon de nous organiser nous donne une nouvelle culture politique pour comprendre le monde qui nous entoure. Certains prisonniers arrivent très jeunes, par exemple, ou ont l’impression d’être perdus dès leur arrestation, mais ils apprennent rapidement à connaître le régime juridique et à penser politiquement.

 

Des organisations comme le FPLP recrutent-elles activement ? Quel rôle joue l’éducation politique ?

 

À l’intérieur de la prison, nos accords avec les autres partis signifient que les groupes ne peuvent pas recruter activement, et surtout pas ceux qui sont rattachés à d’autres organisations. Dès qu’un détenu entre dans la prison, il choisit le groupe auquel il veut appartenir. Chaque organisation a son propre programme culturel à l’intérieur, organise des cours de formation. À l’occasion de la Journée des prisonniers (Yowm al-Asir), par exemple, nous nous réunissons en masse, aucun prisonnier n’étant laissé seul – nous ne permettons pas que cette journée importante soit gâchée. C’est l’occasion de partager des informations, mais nous ne voulons pas d’affrontements entre les groupes – c’est pourquoi nous avons des accords contre le recrutement direct. Ce sont là quelques-uns des principes de base que tous les prisonniers respectent.

 

Quelle est la situation du secrétaire général du FPLP, Ahmed Sa’adat (Abu Ghassan), et des prisonniers politiques de longue date ?

 

Il y a aujourd’hui des prisonniers politiques palestiniens qui sont en prison depuis plus de 40 ans. Karim Younis, par exemple, a été emprisonné pendant 39 ans, et sa mère est actuellement hospitalisée entre la vie et la mort. D’autres qui ont été libérés après des décennies d’emprisonnement lors de l’échange de prisonniers contre le [soldat sioniste] Gilad Shalit ont été réarrêtés et sont en prison depuis dix ans. Ils ne devraient pas être en prison, mais les Israéliens ne respectent aucun accord.

Le droit international s’oppose à ce que font les sionistes, mais ils utilisent la détention administrative comme une arme contre les Palestiniens – n’importe qui peut être emprisonné, car on ne leur dit pas pourquoi ils sont détenus, ni de quoi ils sont accusés. J’ai vu des prisonniers détenus pendant deux, trois ans sans accusation, puis libérés pendant quelques mois, et à nouveau emprisonnés. Juste parce qu’ils sont Palestiniens. Cela dure des années. C’est ce qui pousse les gens à faire des grèves de la faim pour leur liberté. Mais nous avons besoin d’une confrontation plus importante pour vraiment remettre en question ce système.

Abu Ghassan a passé de nombreuses années en prison et se trouve maintenant à Ramon. Pour être honnête, tous les prisonniers politiques palestiniens vivent d’espoir, et dorment en pensant qu’ils pourraient être libérés le lendemain. Des prisonniers comme Karim Younis, Maher Younis, Walid Daqqa et Na’il Bargouthi, qui ont été détenus pendant quatre décennies, vivent toujours avec cet espoir. Il n’y a pas de prisonnier politique palestinien sans espoir. Cela fait partie de la résistance du sumud (constance) des prisonniers politiques palestiniens, le fait de savoir qu’il y a quelqu’un derrière moi. Nous avons une devise : « La prison n’est pas éternelle ». Nous nous battons tous dans l’espoir que notre jour de liberté est au coin de la rue.

 

Source : Fight Racism! Fight Imperialism! – Traduction : Collectif Palestine Vaincra