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Les Palestiniens sont descendus dans les rues mardi en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est annexée lors d’une « journée de colère » pour demander la libération d’un prisonnier palestinien sévèrement battu et laissé dans un état critique par les services de renseignements israéliens [le Shin Bet].

Les forces israéliennes ont tiré des gaz lacrymogènes, des bombes assourdissantes et des balles en caoutchouc sur les manifestants devant la colonie israélienne illégale de Beit El, après que le groupe de solidarité avec les prisonniers palestiniens Samidoun et des étudiants de l’université de Birzeit aient appelé à une manifestation de soutien à Samir Arbeed.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, des dizaines de personnes ont été traitées pour l’inhalation de gaz lacrymogène. 

Ailleurs, les forces israéliennes ont réprimé une manifestation à Jérusalem-Est, à l’extérieur de l’hôpital Hadassah où Arbeed est actuellement détenu, au cours de laquelle deux manifestants ont été arrêtés.

Arbeed, un Palestinien de 44 ans, a été hospitalisé dans un état critique – fracture de la cage thoracique, ecchymoses, signes de coups sur tout le corps et insuffisance rénale grave – vendredi, trois jours après sa mise en détention par les forces israéliennes pour soupçons de participation à un attentat à la bombe en août près de la colonie israélienne illégale de Dolev, au nord-est de Ramallah, qui a tué une Israélienne âgée de 17 ans.

Des groupes palestiniens de défense des droits de l’homme ont appelé le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) – la seule organisation humanitaire internationale autorisée à entrer en contact avec des Palestiniens détenus dans des prisons israéliennes – afin qu’il intervienne dans le cas d’Arbeed.

Noura Miselmani, l’épouse d’Arbeed, a déclaré samedi à Middle East Eye qu’il était en bonne santé avant son arrestation, faisant ainsi soupçonner qu’il avait été torturé lors de son interrogatoire par les services de renseignements israéliens du Shin Bet.

Le ministère israélien de la Justice a depuis ouvert une enquête sur le traitement infligé à Arbeed – même si les Palestiniens ont longtemps dénoncé les enquêtes internes israéliennes sur des allégations de mauvais traitements infligés à des Palestiniens, qui sont davantage axées sur les relations publiques que sur la responsabilité.

Des dizaines de manifestants se trouvaient devant le siège du CICR à al-Bireh, ville jumelle du centre administratif de la Cisjordanie, Ramallah, scandant des slogans en solidarité avec Arbeed.

Un certain nombre de militants ont commencé à organiser un sit-in devant le siège, annonçant qu’ils resteraient jusqu’à ce que le CICR envoie un médecin évaluer l’état de santé d’Arbeed et qu’une enquête indépendante soit ouverte sur son traitement sous garde à vue israélienne.

L’organisation de défense des droits des prisonniers Addameer, la Société des prisonniers palestiniens et le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne (PA) ont adressé une lettre au CICR dans laquelle ils exprimaient leur préoccupation commune pour Arbeed.

La ministre de la Santé, May Kila, a déclaré à MEE que le ministère était prêt à envoyer une équipe médicale palestinienne ou internationale à l’hôpital de Hadassah afin d’examiner Arbeed.

« Le peuple palestinien est inquiet pour la vie d’Arbeed », a-t-elle déclaré.

Le directeur d’Addameer, Sahar Francis, a déclaré à MEE qu’un des avocats de l’organisation avait pu se rendre à l’hôpital pendant quelques minutes lundi à Arbeed, sans toutefois pouvoir parler au prisonnier.

L’avocate, a-t-elle ajouté, a déclaré qu’Arbeed était inconscient et devait subir une ventilation artificielle et rester dans un état critique.

Pendant ce temps, a souligné Francis, Arbeed reste officiellement détenu et sous enquête. À la suite d’une demande de libération par Addameer, une audience devrait avoir lieu mercredi devant un tribunal israélien à propos de son cas.

Pour l’activiste Dalia Nassar, jusqu’à présent, l’absence de visite du CICR à Arbeed est « le dernier exemple de la violation de longue date des droits des prisonniers palestiniens, en particulier des personnes ayant des problèmes de santé et en grève de la faim ».

Les groupes de défense des droits de l’homme reprochent depuis longtemps aux autorités israéliennes de maltraiter des prisonniers palestiniens placés sous sa garde, la plupart d’entre eux étant détenus dans des centres de détention en Israël, en violation du droit international.

En juillet , Nassar Taqatqa, âgé de 31 ans, a été retrouvé mort dans des conditions peu claires dans une cellule d’isolement, un mois après son arrestation par les forces israéliennes. Selon Addameer, quelque 220 Palestiniens sont morts sous la garde israélienne depuis 1967 – 60 d’entre eux seraient morts de négligence médicale et 73 autres sous la torture.

 

Article de Shata Hammad, Ramallah – Cisjordanie occupée

 

Source : Middle East Eye – Traduction : Collectif Palestine Vaincra